Interview CPAM autour du Plan d’action départemental 2024-2028 – Réduction de la mortalité infantile dans le Val-de-Marne
Le département du Val-de-Marne connaît depuis plusieurs années une augmentation préoccupante de la mortalité infantile. En 2023, le taux de mortalité infantile dans le Val-de-Marne s’élève à 4,22%, contre 4,51% en 2021, ce qui traduit une légère stabilisation. Malgré cette baisse, le niveau reste élevé. À l’échelle régionale, le département se situe légèrement en dessous de la moyenne francilienne (4,3%). Il demeure toutefois parmi les territoires les plus touchés, derrière la Seine-Saint-Denis (6,04%) et le Val-d’Oise (4,71%), et juste en dessous de la Seine-et-Marne (4,24%).
Cette surmortalité se concentre particulièrement dans la première semaine de vie, dite mortalité néonatale précoce.

Les causes de cette situation sont multiples et intriquées : facteurs biologiques liés à la santé maternelle, comportements et suivi insuffisant de la grossesse, déterminants sociaux et environnementaux, ainsi que des tensions directement liées à notre système de santé et à son accessibilité. Ces difficultés entraînent des ruptures de parcours et des inégalités d’accès aux soins, aggravant la vulnérabilité des familles concernées.
Face à ce constat, une démarche partenariale a été initiée en juin 2023 par le Conseil Départemental, la CPAM, le Réseau périnatal du Val-de-Marne et l’ARS. Inspirée par l’expérience du programme REMI en Seine-Saint-Denis et par les données scientifiques, cette démarche a permis de partager les constats et de définir des axes prioritaires d’intervention.
L’ensemble des actions prévues s’inscrit dans le plan d’actions 2024-2028 dans une logique de coopération entre acteurs sanitaires, sociaux et institutionnels, avec l’ambition de faire reculer durablement la mortalité infantile dans le département.
Pouvez-vous nous décrire plus précisément le plan d’actions départemental et ces 3 axes d’interventions ?
Le plan d’action s’articule autour de trois grands axes complémentaires.
Le premier axe vise à approfondir le diagnostic territorial. Il s’agit de mieux comprendre les causes de la mortalité infantile en améliorant la qualité des données disponibles, notamment à travers les premiers certificats de santé (PCS). Cet axe prévoit également l’organisation de revues de morbi-mortalité pour identifier les dysfonctionnements dans les parcours de soins et proposer des améliorations.
Le deuxième axe concerne l’amélioration du parcours périnatal. Il met l’accent sur la sécurisation et la personnalisation de l’accompagnement des femmes enceintes et des familles, en particulier les plus vulnérables. Parmi les actions phares figurent l’ouverture d’une Unité d’Accompagnement Personnalisé (UAP), le développement de la médiation en santé, la mise en place de webinaires maternité pour informer les futurs parents, ainsi que des initiatives pour renforcer la littératie en santé et diffuser des outils adaptés aux acteurs du territoire.
Enfin, le troisième axe vise à renforcer la coordination des politiques publiques. Il s’agit entre autres de mieux articuler les dispositifs sociaux et sanitaires afin de réduire les inégalités et de faciliter l’accès aux droits.
Une des actions de ce plan porte sur l’ouverture d’une l’Unité d’Accompagnement Personnalisé (UAP). Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur son rôle et ses missions ?
Face à la hausse de la mortalité infantile, l’ARS Île-de-France soutient des dispositifs innovants pour améliorer le parcours périnatal. L’Unité d’Accompagnement Personnalisé (UAP) constitue l’une de ces réponses. En fonctionnement depuis le mois de février 2025 au Centre Hospitalier Intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges (CHIV), elle est constituée de sage-femmes, IDE, assistances sociales, psychologue, psychiatre, gynécologues, puéricultrice. Elle vise à sécuriser le parcours des femmes enceintes vulnérables, en intégrant soins médicaux, accompagnement social et soutien psychologique dans une approche coordonnée et personnalisée. L’UAP a notamment démontré son efficacité dans la prévention de la prématurité en renforçant la coordination médico-psycho-sociale auprès des femmes enceintes les plus vulnérables.
L’ouverture de l’UAP s’articule avec la création d’un poste de médiatrice en santé qui a pour rôle de faciliter l’accès aux soins, renforcer la compréhension des informations médicales et soutenir la coordination des parcours complexes. La médiatrice joue un rôle d’interface entre les usagers et les professionnels de santé, en favorisant l’« aller-vers » et le « ramener-vers » le droit commun, tout en soutenant l’autonomisation des patientes. Elle contribue également à améliorer la littératie en santé, c’est-à-dire la capacité des personnes à comprendre et utiliser les informations qu’elles reçoivent pour prendre des décisions éclairées.

Quelles sont les leviers et perspectives pour continuer de faire vivre cette démarche ?
Pour assurer la poursuite de cette démarche, l’enjeu principal est le maintien de la mobilisation des différents acteurs du champ sanitaire et acteurs intervenant sur les déterminants sociaux de santé (associations, DRIHL, SIAO, Caf qui interviennent auprès des habitants). Cette approche intersectorielle permettra de garantir la bonne mise en œuvre du plan mais également de prendre en compte les inégalités sociales et territoriales de santé au cœur de notre démarche. Des modalités de suivi sont également prévues pour accompagner le déploiement de ce plan : comités de pilotage, comités techniques avec les partenaires du territoire sur les modalités de mise en œuvre de certaines actions, rencontres annuelles de suivi.
Réunion départementale sur la mortalité infantile : une mobilisation renforcée
Le 20 novembre, l’Assurance Maladie du Val-de-Marne a accueilli la 3ᵉ restitution du plan d’actions de réduction de la mortalité infantile, aux côtés de l’ARS Île-de-France, de la PMI départementale et du Réseau Périnatal du Val-de-Marne. L’ensemble des acteurs du territoire était réuni pour faire le point sur la stratégie engagée depuis 2023.
Les données présentées confirment une légère stabilisation, mais un taux de mortalité infantile encore élevé (4,22 %), rappelant l’importance de maintenir une réponse coordonnée et accessible.
Trois axes prioritaires structurent la démarche : renforcer le diagnostic territorial, améliorer le parcours périnatal et consolider la coordination des politiques publiques. Des initiatives locales, notamment celles du CHI de Villeneuve-Saint-Georges, du RPVM et de la CPTS OCTAV, ont illustré des pratiques innovantes au service des familles.
Cette rencontre a permis de valoriser les avancées et de réaffirmer un engagement partagé pour offrir aux enfants du Val-de-Marne les meilleures conditions de départ dans la vie.

